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À la fin du mois d’août, pendant que la plupart d’entre nous profitent des derniers jours d’été, les oiseaux nicheurs et migrateurs de l’Arctique et de la forêt boréale canadienne se rassemblent pour retourner dans les aires d’hivernage du sud. Pour un grand nombre d’oiseaux de rivage, d’oiseaux aquatiques et de gibier d’eau qui se reproduisent dans le Grand Nord, ce voyage comprendra des arrêts sur les rives de la baie d’Hudson et de la baie James. En raison des vastes marais côtiers, des larges estrans et des herbiers de zostères qui s’y trouvent, cette halte est l’une des plus importantes en Amérique du Nord pour les oiseaux migrateurs. Ces immenses plans d’eau interreliés forment la plus grande mer intérieure du monde et fournissent aux oiseaux migrateurs les ressources alimentaires essentielles à la poursuite de leur voyage – qui peut consister en un vol ininterrompu de 6 500 km en cinq jours vers le Venezuela pour des espèces comme la Barge Hudsonienne! Pour les oiseaux plus grands et lourds, comme le huard et l’oie, qui parcourent de plus courtes distances et s’arrêtent plus souvent pour se reposer et reprendre des forces, la région offre les dernières ressources leur permettant de franchir le prochain vaste plan d’eau.

Une récente étude de localisation par satellite sur le plongeon catmarin, qui se reproduit dans l’Arctique canadien et hiverne au large du centre du littoral de l’Atlantique américain, révèle que la plupart des oiseaux dotés de balises dépendent des eaux au sud de la baie d’Hudson et de la baie James pour une période allant du quart au tiers de leur cycle annuel. En plus de démontrer que la baie d’Hudson et la baie James sont d’importantes haltes au cours de la migration automnale, l’étude a également démontré que cette région abrite un couloir de déplacement fondamental pendant les périodes migratoires du printemps et de l’automne. Pour les animaux migrateurs, les couloirs de déplacement favorisent la connectivité tout au long de leur voyage, car ils servent de pont entre les lieux éloignés du réseau. Dans la voie migratoire de l’Atlantique, la baie d’Hudson et la baie James fournissent au Plongeon Catmarin ses dernières ressources alimentaires avant qu’il n’entreprenne son vol direct de plus de 1 000 km au-dessus de l’Ontario et du Québec. Cette région est aussi essentielle pour permettre aux oiseaux de se déplacer d’un lieu à l’autre au sein de leur réseau migratoire, notamment le bassin inférieur des Grands Lacs, le golfe du Saint-Laurent et la côte sud de la Nouvelle-Angleterre. Environ 80 % des 36 plongeons catmarins qu’a suivi l’équipe de recherche ont emprunté des itinéraires de migration passant par la baie d’Hudson et la baie James, ce qui pourrait entraîner un engorgement éventuel au sein du réseau pour cette population.

La priorité des initiatives de conservation est souvent accordée aux zones considérées comme engorgées pour les oiseaux migrateurs, car les effets négatifs de la dégradation de l’habitat, comme la réduction de la reproduction ou de la survie, peuvent être très concentrés lorsqu’une grande partie de la population dépend d’un lieu, en particulier s’il n’y a pas d’autre habitat à proximité. Même si au moins 175 espèces d’oiseaux dépendent de la baie d’Hudson et de la baie James à un moment de leur cycle annuel, la région n’est pas uniquement caractérisée par son habitat d’oiseaux. Les marais côtiers et les tourbières adjacentes des basses terres de la baie d’Hudson – le deuxième plus grand complexe de tourbières du monde – contribuent à atténuer les effets des changements climatiques en éliminant le carbone de l’atmosphère et en le stockant dans les plantes et les sols. L’apport en nutriments de la multitude de rivières et de cours d’eau qui se déversent dans la baie d’Hudson crée les conditions qui permettent de soutenir une riche biodiversité. De plus, grâce à son emplacement particulier, avec de l’eau marine arctique à l’extrémité sud, la région peut abriter des espèces des milieux arctique et subarctique à une latitude plus au sud que partout ailleurs en Amérique du Nord. Parmi ces espèces, il y a des mammifères marins, comme les ours polaires et les bélugas, les phoques annelés et même un petit nombre de morses de l’Atlantique, ainsi qu’environ 60 espèces de poissons qui se trouvent dans la région pendant une partie ou la totalité de l’année. 

L’ouest de la baie de James fait également partie des territoires traditionnels des quatre communautés côtières des Premières Nations : Attawapiskat, Fort Albany, Kashechewan et Moose Cree. Ensemble, et avec trois autres communautés des Premières Nations de l’intérieur des terres (Chapleau Cree, Missanabie Cree et Taykwa Tagamou), elles forment le Conseil Mushkegowuk. En collaboration avec les Premières Nations de Weenusk et de Fort Severn qui vivent plus au nord le long de la côte sur la partie sud-ouest de la baie d’Hudson, le Conseil a proposé d’établir l’aire marine nationale de conservation Mushkegowuk, dont la superficie de 91 000 km2 s’étendrait du sud-ouest de la baie d’Hudson à l’ouest de la baie James. Les initiatives de conservation dirigées par les Autochtones comme celle-ci sont capitales pour faire avancer le processus de réconciliation entre les Autochtones et le gouvernement canadien, et pour respecter l’engagement du Canada de préserver 30 % des zones marines et côtières d’ici 2030. Des études de faisabilité sont en cours et, sous réserve de l’approbation et de l’élaboration d’un plan de gestion avant 2025, le site deviendra la sixième aire marine nationale de conservation au Canada, protégeant ainsi cet écosystème hautement productif et son patrimoine culturel pour les générations à venir. L’établissement de cette aire pourrait aussi créer des emplois de gardiens au profit des nations autochtones. Les gardiens autochtones sont des experts formés qui gèrent les aires protégées, en plus d’être « les yeux et les oreilles » sur le territoire (dans ce cas, sur l’eau). Dans le cadre de leurs nombreuses futures activités de gestion, les gardiens pourraient choisir d’entreprendre le rétablissement de la zostère marine, un travail important qui permettrait non seulement de retenir une plus grande quantité de carbone pour atténuer les effets des changements climatiques, mais aussi de créer un autre habitat pour les oiseaux.

Les nations autochtones ont proposé certains des plans les plus importants et les plus ambitieux en matière de protection et d’intendance des terres au pays. En réponse, le gouvernement du Canada a annoncé en août 2021 l’octroi d’un nouveau financement de 340 millions de dollars sur cinq ans pour les programmes des gardiens et les aires protégées et conservées autochtones. Il s’agit d’un investissement initial essentiel pour faire progresser les projets de conservation menés par les Autochtones, comme celui de la baie d’Hudson et de la baie James. Le soutien continu des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux aux programmes des gardiens et aux aires protégées et de conservation autochtones sera fondamental pour régler les deux crises mondiales causées par les changements climatiques et la perte de biodiversité.

Le Plongeon Catmarin au dos argenté qui s’agite dans les eaux froides de l’océan au large de la côte atlantique cet hiver ne le sait peut-être pas, mais le travail des communautés autochtones visant à créer l’aire marine de conservation Mushkegowuk déterminera le sort des générations futures de son espèce. Pour ces oiseaux et bien d’autres encore, nous devons soutenir les efforts (comme celui-ci) visionnaires et inspirants menés par les Autochtones. 

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